Photo Lucien Scmitthausler

Jeunesse

Né en 1935, Lucien Schmitthäusler a passé les premières années de son enfance au moulin de Sarreinsming, d’où était originaire de famille de sa maman, Alexandrine Niederlender.

A l’âge de 4 ans, c’en était fini avec le bonheur bucolique au bord de la Sarre. Il part avec sa mère et une de ses sœurs en Charente, à Saint Ciers Champagne, où étaient réfugiés ses compatriotes lorrains. Il y séjourne une année et découvre la langue française et le « charentais » en compagnie d’autres réfugiés de Sarreinsming et de Belgique. Il apprend forcément la langue en partageant la vie de la famille qui les héberge. Au moment du retour, il s’entend dire « lorsque tu rentreras en Lorraine, tu oublieras le français, il répond texto « alors je me l’écrirais ».

A son retour dans la Moselle occupée (appelée à présent Westmark), il fait sa rentrée scolaire à l’école allemande et devient « Luzian », doit parler allemand, mais continue à utiliser aussi le platt. Dans son livre « Portraits », il fait référence à cette période et à la vie d’un enfant, sujet de la propagande nazie. Il a écrit un texte intéressant sur ce sujet intitulé « Das Fräulein ».

Puis sonne l’heure de la libération par les troupes américaines. Les enfants profitent du désordre ambiant et vivent cette période comme une aventure, qui prend fin à la rentrée scolaire de 1945 : l’école française reprend ses droits.

A la discipline allemande succède une pédagogie assez répressive pour rattraper cinq années de scolarité et de culture française perdues.

Dans cette période, du fait de la santé précaire de la mère de Lucien, malade de la tuberculose, il fait un séjour de 6 mois en Haute-Savoie avec d’autres enfants de la région, ce qui a pour corolaire de lui permettre de progresser plus vite en français que ses camarades restés en Moselle. Comme tous les écoliers de Moselle, il lui est interdit de parler le francique, sa langue maternelle, avec comme symbole, le bouton (de Knopp), que les élèves devaient remettre à un camarade ayant parlé en platt : celui qui a le bouton en fin de journée est puni.

Lucien avait été remarqué par son instituteur et ses camarades pour son goût pour la lecture et l’écriture. C’est ainsi qu’il compose son premier poème :

« Le roi de notre basse cour

Est un joyeux coq de Hombourg

Mais il est un mauvais drôle

Qui joue très mal son rôle

Il se bat avec les poules

Et les pigeons qui roucoulent

Et maintenant dans la casserole,

Il rissole… »

A 14 ans, Lucien Schmitthäusler passe le Certificat d’Etudes Primaire avec les félicitations du jury. Il poursuit ses études et sa formation au collège technique de Sarreguemines et passe le CAP d’ajusteur.

Activités professionnelles

Il exerce son métier auprès de la SOLFA (une fabrique de coffre-forts), puis aux Houillères du Bassin de Lorraine, où il passe avec succès un Certificat Professionnel P1  des mines.  A cette époque, démarre l’aménagement de la Centrale Thermique de Grosbliederstroff. Il y reste deux ans.

Lucien Schmitthäusler est incorporé et effectue son service militaire durant la Guerre d’Algérie. Son choix se porte sur le Service de Santé des Armées. Ses acquis professionnels lui permettent d’être formé à la stérilisation et d’officier dans différents hôpitaux militaires. Il est transféré ensuite en Algérie où il effectue 14 mois en temps qu’infirmier au service de l’aide médicale dans la région d’Aumale et de Petite Kabylie.

Pour mieux soigner les habitants, il s’initie à la langue locale, ce qui lui permet d’acquérir les rudiments nécessaires à la relation thérapeutique.

De retour dans la vie civile, il entre à l’hôpital psychiatrique de Steinbach près de Sarreguemines  et s’y spécialise dans les soins aux enfants autistes et psychotiques. Il poursuit sa formation et passe des diplômes de moniteur-éducateur et d’éducateur spécialisé à Strasbourg. En 1975, il entre comme éducateur au service de psychiatrie infantile au CHS de Brumath, spécialisé dans la prise  en charge d’enfants psychotiques et autistes. Il prend sa retraite en 1995.

L’écrivain

En dehors de  ses activités professionnelles, il côtoie les acteurs de la vie culturelle alsacienne : écrivains, artistes, musiciens et participe à de nombreuses rencontres. C’est l’époque où un groupe de pionniers lance le projet d’un enseignement bilingue à l’école, sous la houlette du Rectorat de l’Académie de Strasbourg et du Haut Comité pour les langues régionales d’Alsace-Moselle. Lucien fait régulièrement  partie de ces groupes de travail.

Sur le plan personnel, l’amour de l’écriture, de la littérature et de l’art ne l’ont jamais quitté. Le courant de la renaissance de la culture et la langue régionale le motive pour créer et travailler de son côté. Il commence par traduire en francique la « Ballade des pendus » de François Villon.

Il écrit de nombreux textes en en vers et en prose. Il publie son premier livre en 1984 : « Platt redde, nitt Platt mache ».

Comme auteur, il est l’invité de l’émission « Mille poèmes » sur Radio France Alsace. Il est invité régulièrement sur FR3, par exemple dans l’émission de Redde m’r devon de Jean-Marie Boehm, pour ses traductions et écrits. En 1994, une émission complète lui est consacrée.

C’est à Strasbourg qu’il a appris à connaître les textes de Pablo Neruda.  Il a traduit certains textes de Pablo Neruda et participe à une exposition qui lui est consacrée. Comme membre de l’Association Amitiés Alsace Chili, il est invité au Chili, où il lit « La chèvre de M. Seguin » aux enfants de l’Alliance française à Valparaiso.

Il fréquente également à Strasbourg la scène culturelle arménienne. C’est dans le cadre de l’Association Amitié Alsace Arménie, qu’il se rend en Arménie. Il avait découvert et apprécié les poésies de Daniel Varoujan, tué lors du Génocide arménien en 1915. Et il a traduit en alsacien son livre posthume « le Chant du pain ». Il a été lauréat du festival « E Frijohr far unseri Sproch » pour une édition trilingue (avec une version française par Vahé Godel).

Jean Paul Kuntz, du Centre d’action culturel de Freyming-Merlebach, enregistre également un reportage sur Lucien Schmitthäusler durant les années 1990, en lien avec son travail culturel, pour son émission restée culte: « E Vierteltunn im Kohlekaschte ». L’émission avec Lucien Schmitthäusler s’intitule : « Sowie de Schnawel Gewachst isch ».

Depuis ce moment-là, plusieurs émissions lui ont été consacrées : par exemple un épisode de la série « Platt Bande » animée par Suzanne Bichler  pour TV Mosaïk et des émissions sur SR3 (la télévision et radio  sarroise) avec l’animatrice et journaliste Suzanne Wachs.

La renommée de Lucien passe en effet les frontières et il fait régulièrement des lectures en Allemagne et au Luxembourg. Avec le soutien de son ami et éditeur Charly Lehnert, il publie en 1989 « Fabeln von de Mudder Essig ». Il est un des auteurs que le professeur Scholdt, à l’origine du Centre d’études « Litteraturarchiv Saar-Lor-Lux-Elsass »,  avait d’emblée classé comme incontournable sur la culture et la langue régionale.

Le théâtre fait aussi partie de ses passions : Il fait notamment partie de la troupe de Joseph Schmittbiel « Le théatre de la Brosserie ou Birschtefawriktetheater » et a joué dans des pièces alsaciennes comme « Democrates-democrates » et « Dialogues d’Alsace et d’Algérie ».

Pour le Festival Mir Redde Platt, il traduit des pièces de théâtre, notamment celle de Peter Weiss « Comment M. Mockinpott fut libéré de ses tourments », qui est interprétée par les lycéens de Sarreguemines avec le soutien et la direction de Laurent Barthel. Ce texte a servi aussi pour des épreuves facultatives du baccalauréat dans l’option « Langues Régionales des Pays Mosellans ».

Parmi les pièces marquantes, il y a aussi l’adaptation du « Chat de Schrödinger » de Norbert Aboudarham, renommé « Im Erwin Sìn Kàtz », joué et mis en scène par Laurent Barthel et Nadine Zadi.

Il publie dans la Revue « Die Neueste Melusine », est cofondateur du périodique « Paraplé » avec Gérard Carau, Jean-Louis Kieffer, Jeanne Muller, Suzanne Rouget et  Werner Treib.  Il est aussi membre du Cercle littéraire « Bosener Gruppe », où se côtoient de nombreux artistes et créateurs Lorrains et Sarrois.

Dès les années 1980, il se lie d’amitié avec Jo Nousse, Lucien Hullar, Hervé et Didier Atamaniuk, Roland Helm, Marcel Adam, tous engagés à leur niveau pour que le francique reste une langue de création artistique, résolument tournée vers l’avenir. Ces mêmes personnes n’ont pas oublié leur engagement et continuent leurs activités, en particulier lors du festival annuel, initié à Sarreguemines par Marcel Adam  et Lucien Schmitthaussler.

Il même initié un atelier d’écriture avec l’Association Patrimoine et Loisirs de Sarreinsming avec des textes comme le  « Rittersmòn von Frauenberg ».

L’œuvre littéraire de Lucien Schmitthaussler est très diverse :

Elle comprend des traductions d’œuvres célèbres, notamment des adaptations de fables de La Fontaine, de textes de Goethe, de prières ou de « l’ Hortus Deliciarum » de Herrade de Landsberg, en passant par Victor Hugo, Alphonse Daudet et des auteurs plus contemporains comme Georges Brassens, Daniel Varoujan ou Pablo Neruda.

Les écrits de Lucien Schmitthäusler en vers et en prose abordent les thèmes les plus éclectiques, preuve de son imagination créative et de son talent d’écrivain ouvert sur l’universel. Son écriture n’est pas une démarche militante, mais l’expression de son vécu dans une langue qui l’a accompagné sur les chemins où il a côtoyé d’autres langues qui l’ont marqué par leurs mots, leur musique, y compris le langage du silence.

Depuis son lieu de retraite à Sarreinsming, Lucien Schmitthäusler jouit d’une quiétude qui lui permet de continuer, à son rythme, d’écrire encore, et de participer à certains évènements culturels comme le Festival Mir Redde Platt qu’il a contribué créer.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Lucien_Schmitthäusler

Bibliographie

Histoires acides de Lorraine / Lucien Schmitthäusler ; Ill. par Pat Thiebault. – Sarrebruck : Ed. Lehnert, 1990. – 76 p. : Couv. ill. en coul. ; ill. ; 21 cm. – (SaarLorLux ; 1) ISBN 3-926320-26-5

Poèmes et contes lorrains / Lucien Schmitthäusler. – Freyming-Merlebach : Bei uns dahem, [S.d.]. – 1 cass. audio + feuillet.
Par les enfants de l’option « langue et culture régionale » du collège de Hombourg-Haut. Avec la participation de M. Vion, Président de l’association « Renaissance du vieux Hombourg », des groupes de musique « Schaukelperd », « Les Hardis » et les enfants de la grande section maternelle de la Cité la Chapelle à Freyming-Merlebach.
Contient :  » Un Lothringer… « .  » Aamer Honnes « .  » Pauvre Jean « .  » Glihwirmche unn G’Hansbeebche  » = vers luisant et Luciole.  » De Vogelscheych « .  » L’Epouvantail « .  » De Hampelmann « .  » Polichinelle « .  » Een mol enns « .  » Table de multiplication « .  » Das Lied vom Schayer Mombatiss « .  » Chanson de Mayer Jean-Baptiste « .  » ‘s Hertemännche « .  » De Fuchs unn de Wolf « .  » Le Renard et le loup « . (cassette audio).

Poèmes : d’hier, d’aujourd’hui et de demain / Lucien Schmitthäusler. Märcher us Lothringe = Contes lorrains / Angelika Merkelbach Pinck. – Freyming-Merlebach : Bei uns dahem ; Saarbrücken : Lehnert, 1989. – 23 p. : ill. en coul., couv. ill. en coul. ; 22 cm + 1 cassette audio.
Poèmes dits et illustrés par les enfants du cours de langue et culture régionale du collège de Hombourg-Haut, annotés par l’auteur. Contes hombourgeois dits par M. Vincent Vion, président de l’association « Renaissance du Vieux Hombourg » avec la participation des enfants de la classe de Mme Gelfi, grande section maternelle de la Cité La Chapelle à Freyming-Merlebach.
Contient :  » Un Lothringer… « .  » Aamer Honnes « .  » Pauvre Jean « .  » Glihwirmche unn G’Hansbeebche  » = vers luisant et Luciole.  » De Vogelscheych « .  » L’Epouvantail « .  » De Hampelmann « .  » Polichinelle « .  » Een mol enns « .  » Table de multiplication « .  » Das Lied vom Schayer Mombatiss « .  » Chanson de Mayer Jean-Baptiste « .  » ‘s Hertemännche « .  » De Fuchs unn de Wolf « .  » Le Renard et le loup « . – (br.). – ISBN 3-92632021-1

la chèvre de Monsieur Seguin : unn annere berühmte Texte uss em Deytsche unn Franzeesche : et autres textes célèbres de la littérature française et allemande, traduits en francique / traducteur, Lucien Schmitthäusler, Alphonse Daudet, illustrateur, Stéphanie Klein. – Bouzonville : Gau un Griis, [S.d.]. – 1 d.c. + feuillet.
Contient :  » De Geiss vom Mossiö Seguin « .  » La Chèvre de Monsieur Seguin « .  » Die Gehinge Ballade « .  » Ballade des pendus « .  » Die Kunfitur « .  » Jeanne était au pain sec… « .  » De Fischreyer « .  » Le Héron « .  » De Erlekinich « .  » De Bloo Hutt « .  » S’schloofe in dine Arme « .  » Interview Schorsch und Lucien « .
(disque compact).

De Geiss vom Mossiö Seguin: version libre en francique rhénan du conte / Lucien Schmitthausler. La Chèvre de Monsieur Seguin : Lettres de mon moulin / Alphonse Daudet. Die Ziege des Monsieur Seguin : Übersetzung aus dem Französischen / Gérard Carau ; illustrations Stéphanie Klein. – Bouzonville : Gau un Griis, [S. d.]. – 30 p. : ill. en coul., couv. ill. ; 31X23 cm.
ISBN 2-913162-08-8 (br.)

les auteurs de Paraple lisent et chantent leurs textes / Marcel Adam ; Gérard Carau ; Hildegard Driesch ; Georg Fox ; Jean-Louis Kieffer ; H. Ley ; Hans Walter Lorang ; M. Mossmann ; J. Müller ; Jo Nousse ; Manfred Pohlmann ; S. Rouget ; H. Schaal ; Lucien Schmitthäusler ; H. Sinkora ; Werner Treib. – Bouzonville : Gau un Griis, [S.d.]. – 1 d.c.
Contient :  » Mei Sprooch « / H.W. Lorang.  » Pumperneckel « / J.L. Kieffer.  » Tischen Daa un Duschda « / J. Müller.  » Vous « / L. Schmitthäusler.  » Et lankt « / W. Treib.  » Malgré-nous-Hymne « / M. Adam.  » De Alden  » = les vieux / H. Ley.  » Herbststimmung « / J. Müller.  » Fransel « / S. Rouget.  » De Kouh « / H. Driesch.  » Mannijo « / J. Nousse, M. Pohlmann.  » Berschlait « / W. Treib.  » Die Verpasst Schicht « / G. Carau.  » Freijer « / M. Mossmann.  » Un mànschmo naachds… « / G. Fox, H. Schaal.  » Mojens freih iwwer der Hett « / J.L. Kieffer.  » In grosses Kisch « / J. Müller.  » Der Knopp « / J.L. Kieffer.  » Ich armer lothringer Bur « / L. Schmitthäusler.  » De Paraple  » = le parapluie / H. Schaal.  » Mit Lääd geplo.et « / W. Treib.  » Nobem « / M. Mossmann.  » Iwwer Pourcelet « / H. Sinkora.  » Mei Sprooch « / J.L. Kieffer.
(disque compact).

Le Gerbonaute : en sept tableaux / Lucien Schmitthäusler. – Sarreguemines : Imprimerie Sarregueminoise : Gau un Griis, 2012. – 16 p. : ill. ; 21 cm. ISBN 978-978-290-126-2

Poèmes en arménien de Daniel Varoujan traduits en français par Vahé Godel et en alsacien par Lucien Schmitthäusler. : Edition trilingue publiée avec le concours de l’OLCA et de la Région Alsace pour le Centième Anniversaire du Génocide des Arméniens et de la mort du poète. / Daniel Varoujan. – Strasbourg : Amitiés Alsace Arménie, 2015. – 138 p. ; 24 x 16 cm. Edition trilingue arménien, français, alsacien.